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mercredi 8 juillet 2026

Gardez les yeux ouverts !

 Rav David Naccache : Gardez les yeux ouverts !

Spécialiste de la cacherout, Rav David Naccache – rabbin de Nanterre – nous

rappelle de garder les yeux ouverts quand nous allons aux courses !


Cachère Magazine : Certains magasins sont connus pour vendre des produits

cachères : peut-on s’y approvisionner les yeux fermés ?

Rav David Naccache : Contrairement à ce qui se passe dans d’autres pays

comme l’Italie par exemple, n’importe quel magasin en France peut annoncer

qu’il est cachère. En effet, en France, les magasins sont gérés par des

commerçants qui ont choisi de vendre des produits cachères mais sans aucune

supervision rabbinique. On peut donc y trouver des produits « logiquement

cachères » ou autorisés sur différentes listes mais sans aucune garantie de

cacherout sérieuse. Ainsi, à côté d’un paquet de gâteaux fabriqué sous

surveillance rabbinique, on peut trouver des gâteaux de grande marque certes

mais qui n’offre aucune garantie de cacherout. Le consommateur doit donc

rester vigilant !

Cachère Magazine : Il ne suffit donc pas de consulter la liste des ingrédients ?

Rav David Naccache : Dans tout produit cachère, il y a les ingrédients mais

aussi les ustensiles, les machines, l’hygiène… Celui qui n’est pas un spécialiste,

un chimiste, un homme d’affaire ne peut pas imaginer comment un fabriquant

procède pour développer un produit. Les ingrédients principaux sont peut-être

connus mais ni le processus de fabrication n’est connu du simple

consommateur ni les risques de contamination croisée d’un produit.

Je vous donne un exemple : le chocolat. Les machines (coûteuses et complexes)

qui servent à fabriquer du chocolat au lait devraient normalement être

« cachérisées » avec de l’eau bouillante avant de pouvoir être utilisées pour du

chocolat strictement cachère. Or l’eau bouillante risque d’abîmer ces machines.

On procède donc à une production de chocolat bas de gamme, sans ingrédients

problématiques et sans lait, qui servira à « cachériser » la chaine de

production qui pourra alors être utilisée pour le chocolat strictement cachère.

Le « chocolat bas de gamme », moins cher, vendu en grandes surfaces, devrait

donc être considéré comme ayant des traces de lait et même plus que des

traces ! Les ingrédients ne posent peut-être pas de problème mais le processus

de fabrication sur des surfaces douteuses devrait très certainement nous

inciter à la prudence.


Seuls des fabricants très sérieux s’engagent dans ce cas à utiliser de l’huile de

palme (qui est également complexe à produire et qui peut poser des problèmes

de cacherout) pour « cachériser » les chaines de production : cela revient plus

cher mais c’est nettement préférable au niveau de la cacherout. D’autres

rabbinats exigent des machines bien à eux qu’il faut alors stocker et verrouiller

– ce qui implique des locaux inoccupés pendant certaines périodes et ce qui

n‘arrange évidemment pas les propriétaires des usines concernées.

Cachère Magazine : Il convient donc, dans la mesure du possible, de vérifier la

présence d’un tampon rabbinique…

Rav David Naccache : Un tampon rabbinique sérieux. Ce n’est pas parce qu’il y

a quelques mots en hébreu que le produit est cachère. Il faut connaitre les

agences de cacherout et les rabbins ou groupes de rabbins auxquels on peut

accorder sa confiance. J’ai moi-même remarqué dans un magasin un produit

portant le tampon d’un rabbin décédé depuis quelques années ! Ou encore,

plus récemment, un yaourt sur lequel était écrit Halav israël mais il n’y avait ni

nom de rabbin ni logo d’agence de cacherout ! Il convient donc de privilégier

les surveillances connues comme sérieuses et, si on a des doutes, on peut

s’adresser aux nombreux Rabbanim qui répondent aux questions de cacherout

Cachère Magazine : Que signifient les appellations : Bichoul Norhi, Chamour

Michaat Ha’haliva, Mevouchal, Bichoul ou ‘halav Akoum, Halav Israël… ?

Rav David Naccache : Ces termes de Hala’ha définissent le degré de cacherout.

Il en va de la cacherout comme partout : on peut se suffire du bas de gamme

ou on peut exiger le top du top.

- Bichoul Akoum ou encore Bichoul Norhi : le produit a été cuit par un

non-Juif et n’est donc pas acceptable selon la hala’ha – s’il s’agit d’un

produit qui ne peut pas être consommé cru et qui est digne d’être

présenté à la table d’un roi. Il faut aussi évoquer Afiat Hakoum, qui peut

définir une pâte cuite au four – pour les gâteux par exemple. Il y a aussi

la friture (pour des chips par exemple. Pour ces deux derniers exemples,

nombre d’autorités rabbiniques permettent une « cuisson » par un non-

Juif (cependant, les communautés loubavitch ont l’habitude de prendre

ces aliments uniquement s’ils ont été cuits par un Juif).

- Mevouchal : il s’agit du vin. Du fait qu’il est Mevouchal (cuit ou

pasteurisé), il est considéré comme n’étant pas digne d’être offert en

sacrifice à une idole ou des cultes païens et on peut donc l’autoriser –


même s’il a été vu ou touché par un non-Juif. Ceci est valable pour un vin

cuit à 89 degrés mais, aujourd’hui, nombreux estiment qu’un vin est

considéré comme Mevouchal à partir du moment où il a subi une

pasteurisation : il y a des discussions à ce sujet entre les différents

décisionnaires.

- Halav Akoum : Du lait trait par un non-Juif sans qu’un Juif assiste à la

traite ; donc interdit par les Sages depuis l’époque du Talmud.

- Halav Israël, Chamour Michaat Ha’haliva ou Halav chamour : Du lait trait

en présence d’un Juif depuis le début de la traite donc cachère. La

mention seule de ‘Halav Chamour n’est pas suffisante, il faut également

le nom d’une autorité rabbinique sérieuse qui en atteste. (Notons qu’il

existe une divergence d’opinion entre les décisionnaires quant à la

surveillance par caméra, sans la présence d’un Juif sur place).

Comme on le voit, il n’appartient pas à tout un chacun de décréter ce qui est

cachère et ce qui ne l’est pas. Pour cela, il faut de sérieuses connaissances aussi

bien du point de la hala’ha (loi juive) et donc des années d’étude des textes

mais il faut aussi se déplacer et connaitre les problématiques inhérentes à

chaque production. Des rabbins sont formés pour cela, accordons-leur notre

confiance et surtout, gardons les yeux bien ouverts et restons informés !

Propos recueillis par Feiga Lubecki


Paru dans le Casher Magazine N°157

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