Menu

jeudi 29 janvier 2015

DISCOURS DE YANN JOUNOT, Préfet des Hauts-de-Seine


Mme la Députée (Mme Jacqueline FRAYSSE), 
M. le Maire de Nanterre (M. Patrick JARRY, conseiller général des Hauts-de-Seine), 
M. le Président du Conseil des Communautés Juives des Hauts-de-Seine, (M. Elie KORCHIA), M. le Président du Centre Communautaire Juif de Nanterre, (M. Erik HABIB), 
Messieurs les représentants des cultes juif, musulman et chrétiens de Nanterre, 
M. le Rabbin (M. David NACCACHE), Mesdames, Messieurs, 

Nous sommes réunis ici ce soir au Centre Communautaire Juif de Nanterre, parrainé et
inauguré en 1995 par Joseph SITRUK, alors Grand rabbin de France, devant vous, avec
vous, pour honorer la mémoire de nos 3 compatriotes, 3 français, lâchement assassinés
simplement parce qu’ils étaient juifs :
- Yohan COHEN ;
- Philippe BRAHAM ;
- François-Michel SAADA.
Et de Yohav HATTAB, citoyen tunisien, assassiné lui aussi simplement parce qu’il était
juif. Tous les 4 se trouvaient dans le supermarché casher de Vincennes le 9 janvier dernier
quand le terrorisme les a fauchés.

Mais ce soir, ici, ensemble, nous sommes également réunis pour honorer la mémoire de
toutes les autres victimes des attentats des 7, 8 et 9 janvier 2015 :
- les 10 hommes et femmes de l’équipe de Charlie Hebdo, journalistes et
collaborateurs du journal, massacrés au même moment dans un journal, lieu de la
liberté d’expression, lieu sacré comme le sont les temples de vos religions,
- les 3 policiers victimes de leur devoir, appartenant à la police nationale et à la police
municipale, avec une pensée particulière pour cette jeune policière de Montrouge,
Clarissa JEAN-PHILIPPE, tuée dans le dos alors qu’elle faisait simplement son
travail, sur la voie publique.

Volontairement ce soir devant vous je ne distingue pas ces morts.

Je sais et vous le savez que nous vivons depuis quelques années la montée des intolérances,
et particulièrement de ce cancer qu’est pour nous tous l’antisémitisme. Nous ne devons pas oublier que le terrorisme est la phase extrême de cette intolérance aux autres et que lorsque le terrorisme touche 
la communauté juive, il touche la communauté nationale toute entière. Nous ne devons pas non plus oublier que le terrorisme porte aussi un projet politique, qui vise à asservir, à opposer les communautés aux autres, à opposer les religions aux autres, à essayer de fracturer la société en la divisant, en faisant en sorte qu'elle soit dominée par la peur et qu’elle se replie sur elle-même. Le terrorisme s’inscrit dans ce projet politique et nous savons bien sûr qu’il y a des évènements géopolitiques, en dehors de la France, qui le sous tendent. Mais la France est une Nation libre et elle défend la liberté partout où elle est menacée. Elle ne peut pas se laisser imposer sa capacité à se défendre et à s’affirmer dans ses valeurs, partout dans le monde et d’abord chez elle, en son sein.

Rien ne justifie et ne justifiera jamais le terrorisme. Le terrorisme ce n’est pas la religion. C’est la haine, l’ignorance, tout ce qui nous éloigne de l’humanité, tout ce qui nous éloigne de ce que nous sommes, de ce que nous souhaitons être.

Par rapport à cela nous devons vous protéger et nous protéger :
- Vous protéger, et nous le faisons, comme pour tous ceux qui sont exposés au terrorisme, particulièrement pour vos lieux de cultes, vos écoles / nous le faisons vous le savez dans une relation étroite avec vos représentants, qui est permanente (H 24), et nous avons dans les Hauts-de-Seine comme partout ailleurs sur la plaque parisienne considérablement renforcé depuis le 7 janvier les dispositifs de protection et nous les maintiendrons autant de temps que cela sera nécessaire ;
- Nous protéger, en ne nous laissant pas dominer par la peur, la peur de l'autre qui sera demain la peur et la honte de nous même. On ne se protège pas en construisant des murs qui isolent, mais au contraire dans la consolidation des liens qui nous unissent :
- nous qui sommes tous si différents, par nos origines et nos croyances, parfois avec l’absence de croyance dans une religion, avec juste ces valeurs de liberté et de fraternité qui nous rassemblent,
- nous qui sommes les parties du même pays, de la même Nation, dans la communauté de valeur qui est celle de la République qui nous accueille tous.

Notre force, c'est notre unité. La société rassemblée est plus forte que la peur. Elle est plus
forte que le terrorisme. Nous sommes, ensemble, bien plus forts et c’est cela le message que
nous devons ensemble porter.

Les réactions de toutes les composantes de la société, qui se sont manifestées spontanément, l'ont montré. Notamment lors de l’immense manifestation du dimanche 11 janvier, où chaque composante de la communauté nationale aussi de nombreux responsables gouvernementaux et chefs d’Etats étrangers ont pris leur place. Cette émotion partagée est notre dignité.

Le voeu que je formule ce soir, c'est que l’épreuve de ces attentats de ce mois de janvier 2015, si noir, nous soude, nous donne davantage confiance en nous, que nous dépassions nos peurs et que nous comprenions que nous avons chacun besoin de l'autre, que nous avons chacun besoin de ces différences pour vivre dans la République cette liberté, liberté d’être nous-mêmes, liberté d’être différent des autres, cette liberté que nous chérissons tous, qui est notre bien commun et notre force. Vous savez que l’Etat que je représente ici devant vous ce soir, dans ce moment de douleur et d’émotion, sera toujours avec vous et demeurera pleinement mobilisé. C’est aussi le sens de mon engagement. 
Les membres de votre communauté qui me connaissent savent que l’Etat est pleinement mobilisé.

Je vous remercie d’avoir organisé également aujourd’hui, avant cette cérémonie d’hommage, une rencontre interreligieuse avec les représentants des principaux cultes, qui sont présents aussi parmi nous ce soir afin, comme vous le faites déjà ici à Nanterre depuis longtemps, de faire vivre concrètement par des actions de meilleures connaissances mutuelles, le dialogue interreligieux. Car si les religions peuvent parfois être un prétexte au terrorisme, chacun sait ici qu’elles ne sont utilisées que comme un prétexte, et que notre responsabilité, et d’abord la vôtre, celle des représentants de chacun des cultes, est de prendre, dans ce combat contre l’intolérance, sa part de responsabilité. Je vous remercie.

Yann Jounot,
Préfet des Hauts-de-Seine



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire