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jeudi 29 janvier 2015

DISCOURS DE PATRICK JARRY, Maire de Nanterre


Monsieur le Préfet,
Messieurs les représentants des cultes,
Mesdames et Messieurs,

Je veux tout d’abord remercier et féliciter le centre communautaire juif de Nanterre, son président Eric Habib, d’avoir pris l’initiative de nous réunir ce soir, pour rendre hommage à toutes les victimes des attentats qui nous ont si profondément marqués, à Nanterre, en France, et dans le monde entier.

Je dis bien un hommage à toutes les victimes : journalistes, dessinateurs et collaborateurs de Charlie Hebdo, fonctionnaires de police, ainsi que les otages juifs de l’hyper Cacher de la Porte de Vincennes.
Et c’est en ce sens que l’initiative qui nous rassemble doit être particulièrement saluée. Car ces 15 hommes et ces 2 femmes, qui étaient si différents, ont été victimes de la même barbarie. Dans leur diversité, chacune et chacun d’entre eux portaient une part de la République.

Les uns, la liberté de l’irréverrescence, par les seules armes du dessin, de l’humour, et de la dérision.

D’autres, le devoir de protéger cette liberté, qu’ils ont accompli avec courage, en en payant le prix le plus élevé qui soit.

D’autres enfin, pour la seule raison qu’ils étaient membres de la communauté juive, qui fait partie de notre histoire commune depuis le 1er siècle, ce qui en fait l’une des plus anciennes communautés juives d’Europe occidentale.

Dans leur diversité, ces 2 femmes et ces 15 hommes portaient une telle part de nous-mêmes, que le choc de leur assassinat, a été immense.

Mais cette sidération n’a pas tétanisé nos concitoyens. Elle a été immédiatement suivie d’un formidable sursaut d’émotion, de dignité, de détermination dans l’attachement aux valeurs de la République.

A Nanterre, le soir même de l’attentat contre Charlie Hebdo, ce sont plusieurs centaines de personnes qui se sont retrouvées à la mairie.

Le lendemain, partout dans la ville, dans les services publics, les collèges et les lycées, les entreprises, les transports, les commerces, ce sont des dizaines de milliers d’habitants et de salariés qui ont partagé un moment de recueillement et d’échanges.

Et je peux vous dire, pour avoir recueilli le témoignage de la proviseure du lycée Joliot Curie, que dans cet établissement où le libre choix avait été laissé à chacun, ce sont moins de dix élèves sur plus de mille, qui ont refusé de s’associer à l’hommage rendu aux victimes.  

Le vendredi soir, alors que nous venions d’apprendre l’existence de victimes Porte de Vincennes, nous avons fait annuler toutes les festivités qui entouraient la réception annuelle du personnel communal, et là encore, nous avons ressenti un très grand besoin de se rassembler, se parler, se réconforter.

Le dimanche, à l’initiative de tout le conseil municipal, nous étions encore plus nombreux à nous retrouver sur l’esplanade Charles de Gaulle, avant de partir ensemble à la marche de Paris.

Ce qui était frappant dans tous ces rassemblements, ce qui était le plus réconfortant, c’était de retrouver la diversité de Nanterre. Diversité d’âges, de quartiers, d’origines, de parcours, d’opinions, de confessions. C’est la ville dans ce qu’elle a de plus de vivant, de plus actif, de plus créatif, qui a réagi et s’est mobilisée pour dire non ! Ce n’est pas possible ! On n’a pas le droit de tuer un homme ou une femme pour un dessin, ou parce qu’il est juif, ou parce qu’il est policier.

Ce mouvement ne doit pas rester sans suite. Il nous a rappelé la nécessité absolue de réaffirmer avec force, chaque fois que cela est nécessaire, ce que sont les valeurs de la République : la liberté, la fraternité, l’émancipation par le savoir, l’égalité entre hommes et femmes, la laïcité.

Et au premier rang de ces valeurs, il y a la lutte contre le racisme, l’antisémitisme, les discriminations.

C’est vrai, reconnaissons-le, la montée des actes antisémites au cours des dernières années, n’a pas eu la réaction qu’elle aurait méritée. Et nos compatriotes juifs ont pu éprouver un certain malaise, un sentiment de banalisation, quand ce n’était pas d’abandon. Nous devons lutter de toutes nos forces contre ces glissements successifs, qui pourraient conduire à accepter l’inacceptable.

Faut-il le rappeler : l’antisémitisme n’est pas une opinion mais un délit, sanctionné par la loi. Et comme je l’ai fait samedi matin ici-même, je veux renouveler le soutien de la ville de Nanterre, de ses élus, de son maire, à l’ensemble de la communauté juive de notre ville.

De la même manière, et avec la même vigueur, il faut rejeter les raccourcis simplistes, les amalgames, les généralisations. Il faut combattre l’islamophobie.

Rien ne serait pire que de confondre des islamistes radicaux fanatisés, obscurantistes, criminels, avec l’immense majorité de nos concitoyens de confession musulmane.

Toutes les initiatives qui ont été prises ces derniers jours pour affirmer un islam de France pacifique, fraternel, pleinement en phase avec les valeurs de la République, doivent être saluées et encouragées.

Les évènements tragiques que nous venons de vivre ont été une telle épreuve, qu’il est impossible de tourner la page, et faire comme si rien ne s’était passé. Ne négligeons pas leurs conséquences en profondeur. Ne sous-estimons pas la possibilité qu’ils aient pu ébranler le vivre ensemble, qui reste une construction fragile.

C’est pourquoi, chacun dans notre rôle, nous avons le devoir de redonner confiance dans la possibilité et la nécessité de vivre ensemble.

Certes, face au terrorisme, il faut des mesures exceptionnelles qui, comme l’a dit avec force le Premier Ministre, « ne doivent pas être des mesures d’exception qui dérogeraient au droit et à nos valeurs ».

Mais nous savons également que face à ces dérives, une réponse exclusivement judiciaire et policière est insuffisante. Cette réponse doit être également sociale, économique, éducative, diplomatique.

Et dans une ville comme Nanterre, rien ne m’apparaît plus important que de permettre à chacun d’y trouver sa place. D’être reconnu, écouté, considéré.


Dans notre esprit, le vivre ensemble n’est pas un mal nécessaire. C’est considérer la diversité non pas comme un problème, mais d’abord comme une richesse. C’est la possibilité de construire des espaces de rencontres et d’échanges sur la base du respect mutuel. C’est apprendre des autres et apprendre aux autres. C’est refuser la violence et la loi du plus fort. C’est développer l’entraide et la solidarité. C’est favoriser toutes les formes d’émancipation humaine, notamment par l’éducation et la culture.

C’est ce vivre ensemble que nous nous attachons à promouvoir à Nanterre. C’est difficile ? Oui, c’est difficile. Mais c’est la seule voie possible pour que nous puissions être à la fois fiers de nos diversités, et fiers de ce bien commun qu’est la République.

Une initiative comme celle qui nous réunit ce soir contribue, j’en suis convaincu, à construire ce vivre ensemble. Faisons en sorte que dans les semaines et les mois qui viennent, dans tous les quartiers de Nanterre, il y ait des initiatives qui permettent de rassembler largement les habitants, de se parler, de réfléchir à ce qui vient de se passer, et de faire émerger des actions citoyennes porteuses de sens, et de valeurs.

C’est à ce travail essentiel que la ville de Nanterre va contribuer.

Je vous remercie.

Patrick Jarry, Maire de Nanterre

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