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jeudi 6 septembre 2012

Les Juifs d'Europe à la croisée des chemins


Que les choses soient bien claires avant de débuter cet éditorial : la chancelière Angela Merkel est la dirigeante la plus pro-israélienne qu'ait connu l'Allemagne. Le président Hollande est un ami de la communauté juive mais pour ce qui est d'Israël, c'est beaucoup plus flou, sait-il même où se trouve ce pays, d'accord, je vous vois venir, ne lui faisons pas de procès d'intention.

Quant au Premier ministre belge Di Rupo, son hostilité à l'égard d'Israël n'est un secret pour personne.
Ces bases étant posées, chaque citoyen allemand, français et belge, d'origine, de confession, de religion juive, appelez-cela comme vous voulez, bref, chaque Juif de ces pays comme de bien d'autres en Europe, devrait s'interroger sur son futur, son devenir, à la lumière, si l'on peut dire, des évènements qui ébranlent son statut.


Lorsqu'on remet en cause la circoncision en Allemagne, moins de 70 ans après la Shoah, même s'il est vrai que ce n'est pas spécifiquement contre la communauté juive, lorsqu'un rabbin est agressé devant sa fille à Berlin, lorsqu'un autre rabbin estime que la situation est si dangereuse qu'il conseille à ses étudiants rabbins de ne plus porter la kippa, il y a de quoi se poser des questions sur la liberté d'assumer son judaïsme dans ce pays. Il est à craindre que la nouvelle génération d'Allemands ne soit plus d'accord de continuer à assumer le lourd passé de son pays, le naturel revenant au galop.

Lorsqu'on assassine, en France, des enfants et des adultes uniquement parce qu'ils sont juifs et que le débat public qui s'en suit voit une partie de la classe politique et civile trouver des circonstances atténuantes au pauvre terroriste tout en évoquant la vague d'islamophobie, on est en droit de s'inquiéter sur le futur de cette communauté juive, d'autant que certaines personnalités bien connues n'hésiteront pas bientôt à remettre en cause, elles aussi, la circoncision, souvent comparée à l'excision.

Lorsque le Bourgmestre de Bruxelles, Freddy Thielemans, donnant libre cours à sa haine à l'égard d'Israël en autorisant des activistes pro-palestiniens antisémites à organiser, déguisés en soldats de Tsahal, des "check-points" dans la rue Neuve en arrêtant les passants ou en retenant les étudiants juifs à l'entrée de l'ULB (Université libre de Bruxelles), il est légitime de se demander s'il est encore possible d'être Juif en Belgique.
D'autant que ce même Thielemans s'est fait tirer l'oreille pour accepter de reconnaître, pas plus tard que cette semaine, le rôle de la ville de Bruxelles dans les rafles des Juifs qui ont mené ces derniers dans les camps de la mort. "Mais s'il ne m'appartient pas de juger, il me revient évidemment de reconnaître l'implication de la Ville de Bruxelles et de ses autorités politiques et administratives de l'époque dans le processus de déportation des Juifs", peut-on lire dans le discours du bourgmestre.

Pourquoi s'exempte-t-il de juger ce crime ? Pourquoi utiliser le mot "implication" et pas celui de "complicité" ? Pourquoi préciser "autorités politiques et administratives de l'époque", ce qui tendrait à faire croire que ce pouvoir local avait été mis en place par les nazis alors qu'il avait été librement élu ? Chirac et Hollande ont au moins le mérite d'avoir bien précisé que l'Etat français de Pétain, c'était la France.
Tout ce que je viens d'évoquer devrait tout de même interpeller les communautés juives de ces pays. La question est très simple :
Sera-t-il encore possible d'ici le milieu de ce siècle, en Europe, d'être juif, c'est-à-dire pratiquant ou seulement observant, ou bien même en étant totalement laïc, mais en revendiquant seulement le fait d'être juif, d'avoir une culture juive, comme d'autre ont une culture bretonne, alsacienne ou corse, ou d'autres encore sont wallons ou flamands, prussiens ou bavarois ?
Permettez-moi d'avoir quelques doutes, mais il est vrai que je suis sioniste…
Les Juifs d'Europe sont donc à la croisée des chemins. S'ils ne décident pas librement très bientôt de leur destin, les évènements pourraient bien leur imposer des choix dans l'urgence et l'impréparation.
Les Pieds-Noirs savent de quoi je parle. Mais certains n'attendirent pas juillet 1962 pour prendre le bateau vers la métropole, tout le monde s'accordera pour dire aujourd'hui qu'ils furent clairvoyants.
Bien sûr, l'Europe de 2012 n'est pas l'Algérie de 1962.


Mais tout dépend de l'importance que l'on donne à son statut de Juif. Si on estime que l'attachement au pays d'origine est prioritaire, ce qui est tout à fait légitime, alors c'est simple, on reste à Berlin, Paris ou Bruxelles, mais qu'on ne vienne pas se plaindre par la suite. On est allemand, français, belge, un point c'est tout, et accessoirement, vaguement juif, mais alors très discrètement, en baissant la tête pour laisser passer les orages.
Si l'on juge par contre essentielle une vie juive assumée et totalement libre, la solution ne pourra se trouver que dans le retour à Sion qu'il faut envisager comme une démarche sereine, réfléchie, ni précipitée, mais ni subie.

J'entends déjà certains me dire qu'il ne faut pas laisser ce plaisir aux antisémites, mais pourquoi se battre pour rester dans un pays dont de plus en plus d'habitants ne me considéreront de toutes façons jamais comme un des leurs, je préfère alors réserver mon énergie à un pays qui se bat pour MON identité.
D'autres prétexteront les vieux parents ou les enfants, mais les Pieds-Noirs (j'y reviens) ne se posèrent pas ces questions et emmenèrent toute la famille.

D'autres encore objecteront le travail qu'on ne pourra pas retrouver en Israël ou bien la langue. Israël est un pays où on peut trouver du travail, on peut aussi, grâce aux nouvelles technologies avoir des opportunités pour continuer à travailler en Europe, tout en revenant, chaque semaine, chaque mois en Israël, nombreux sont ceux qui ont choisi cette formule pour être avec la famille, avec des enfants bien intégrés dans les écoles israéliennes. Israël est le troisième pays où les ados sont les plus heureux, selon un rapport de l'OMS paru cette semaine.

L'idéal étant, bien entendu, d'avoir trouvé un emploi en Israël avant de faire son Aliyah, c'est l'assurance de la réussite. De nombreux organismes et associations sont d'ailleurs là pour épauler les candidats.
Vous trouverez mille et une bonnes raisons pour ne pas venir vous installer en Israël, mais elles seront balayées par une seule question :
Voulez-vous rester juif ?
Nous, en Israël, avons trouvé la réponse et nous vous attendons dans votre pays.

Par Marc Femsohn pour Guysen International News

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