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lundi 12 novembre 2012

11 Novembre à l'AGORA : message du Président du CCJN


Cette rencontre interreligieuse se passe paradoxalement dans cette maison des initiatives citoyennes et non dans un lieu comme une église, un temple, une mosquée ou une synagogue. Pourquoi me diriez-vous ? Tout simplement pour ne pas gêner tel ou tel qui ne pourrait prier ou se recueillir en dehors de son lieu habituel. En d’autres termes, c’est le respect de l’autre que nous mettons TOUS, en avant depuis plus de 10 ans maintenant. 

Et je remercie tout particulièrement Jean Roques, Président de l'UFAC, qui année après année milite entre autres, pour la mémoire de nos chers Poilus, pour que le 11 novembre soit un devoir de mémoire pour chaque nanterrien.

Monsieur le Maire,
Madame la Maire-adjointe,
Messieurs les représentants des différents cultes de Nanterre,
Mesdames, Messieurs,

Cette année, je ne vous retracerais pas l’histoire de la Première Guerre Mondiale entre 1914 et 1918 qui a vu nombre de nos soldats tombés au Champ d’Honneur pour défendre le sol et la patrie, mais également les valeurs qui ont fait, qui font et feront de la France, ce grand pays que nous connaissons et que nous aimons.  Non, cette année, je voudrais mettre l’accent sur les dangers qui guettent notre société.


Lorsque nous organisons et participons à des cérémonies comme celles-ci ou comme celle que la Mairie organise tout à l’heure, nous faisons œuvre de fraternité et nous démontrons par notre présence l’intérêt que nous portons à ce fameux Vivre ensemble cher à notre Maire. Mais, nous voyons malheureusement que certains ne sont pas d’accord avec cette vision de la société. Nous assistons parfois avec incrédulité, parfois avec effroi et douleur à des actes qui sont inacceptables dans une société civilisée. Nous Juifs de France nous avons subit douloureusement ces actes de barbarie il y a de cela quelques mois. Les communautés catholique et musulmane également. À Montauban et à Toulouse, nous avons mesuré le danger fondamentaliste qui guette notre société.

Le dialogue interreligieux est depuis longtemps dans la communauté juive de Nanterre, un outil de communication et d’éducation efficace, parce qu’il montre que les différences peuvent être sources d’enrichissement. J’en veux pour preuve les échanges réguliers que nous avons pour certains, initiés. Ce dialogue témoigne d’un respect mutuel entre les différentes communautés religieuses.

L’interview de la mère du soldat assassiné froidement à Montauban, passé en boucle sur nos médias est bouleversant. Cette mère musulmane pratiquante ne comprend pas le geste de l’assassin et a tenu à venir jusque dans la cité du tueur pour découvrir qui était l’assassin de son fils, soldat de l’armée française. Il lui a fallu du courage pour entendre les jeunes de ces quartiers lui parler de ce soi-disant héros mort en martyr. Et quand elle leur a dit qui elle était, les jeunes se sont tout de suite excusés. Ce qui montre bien que cette jeunesse est manipulée. C’est aux Pouvoirs Publics d’éduquer cette jeunesse.

C’est dans nos associations, dans nos églises, nos mosquées, nos synagogues que nous devons transmettre ces messages de tolérance et entrer en guerre avec courage et sans complaisance contre ceux qui vomissent leur haine de notre société.

J’ai parlé de cette mère digne jusqu’au bout dans la douleur extrême. Que dire alors du message de l’épouse de Jonathan Sandler qui a vu en quelques secondes sa vie basculée dans l’horreur. Voici ce qu’elle a dit le jour de l’enterrement de son mari et de ses deux enfants assassinés froidement par le même individu qui abattait quelques jours avant 3 soldats français dont 2 de confession musulmane  et 1 de confession catholique :

« Je crois de tout mon cœur en les mots du verset : « L’Éternel a donné et l’Éternel a repris ; que le Nom de l’Éternel soit béni. Je remercie le Tout-Puissant pour m’avoir donné le privilège, aussi bref qu’il fût, d’élever mes enfants avec mon mari. Maintenant, le Tout-Puissant a voulu les reprendre près de Lui. À tous ceux qui souhaitent apporter la consolation à notre famille et le bien-être aux âmes des défunts : perpétuons leur vie sur cette terre. Aux parents, s’il vous plaît, embrassez vos enfants. Dites-leur combien vous les aimez et comment ils sont chers à votre cœur, qu’ils soient des exemples vivants de notre Torah, pénétrés de crainte du Ciel et de l’amour de leurs semblables. S’il vous plaît, augmentez votre étude de la Torah, que ce soit seul ou avec votre famille et vos amis. Aidez ceux pour qui, il peut être difficile d’étudier seul. S’il vous plaît, ajoutez de la lumière au monde en allumant les bougies du Chabbat ».

Ce sont des messages d’amour et de tolérance que ces 2 femmes ont donnés. Cette tolérance que nous appelons de nos vœux chaque année ici-même. Oui,
M. le Maire, nous pouvons vivre en parfaite harmonie. Oui, nous pouvons nous respecter et nous apprécier. Oui, nous pouvons défendre nos valeurs communes. Mais seulement si nous éduquons dans le même sens. Sans hypocrisie. Car sinon, nos Poilus seraient morts pour rien.

Nous, Juifs de France, nous avons le devoir de prier depuis des siècles pour le bonheur, la prospérité et la paix du pays dans lequel nous vivons.
Cette obligation, ce devoir remonte à la Babylonie, après la destruction du 1er Temple en 586 avant notre ère. Le prophète Jérémie enjoignait ainsi aux Hébreux : « Recherchez la paix pour la ville où je vous ai exilés, priez en sa faveur, car votre paix dépend de sa paix ».

À travers les âges, selon les pays et les époques et en fonction de la manière dont les Juifs étaient traités, de multiples versions de cette prière ont été élaborées, en hébreu ou en langue vernaculaire, à l’intention du Roi, de l’Empereur ou du Président. La prière pour la République Française est l’expression d’une adhésion totale, sincère et loyale à la France, le symbole d’une profonde reconnaissance et la volonté d’être des citoyens acteurs de la construction permanente du pays. Cette belle prière est prononcée dans nos synagogues le samedi matin et les jours de fête, avant ou après la lecture de la Torah, ainsi qu’à l’occasion des cérémonies officielles comme celle d’aujourd’hui.

Je vais donc vous demander si vous le voulez bien, de vous lever pour qu’ensemble nous disions amen.

D-ieu Éternel, Créateur et Maître de l’univers, la force et la puissance t’appartiennent, par Toi seul tout s’élève et tout s’affermit, bénis et protège la République Française et le Peuple Français. AMEN.

Que la France vive heureuse et prospère, qu’elle soit forte et grande par l’union et la concorde et conserve son rang glorieux au sein des Nations. AMEN.

Éclaire celles et ceux qui président aux destinées de l’État afin qu’ils fassent régner dans notre pays, la Paix et la Justice. AMEN.

Que la France, berceau des Droits de l’Homme, défende en tout lieu et en tout temps le droit et la liberté. AMEN.

Accueille favorablement nos vœux, que les paroles de nos lèvres et les sentiments de notre cœur, trouvent grâce devant Toi, Ô Étrenel, notre Créateur et notre Libérateur. AMEN.

Pour terminer mon intervention, je souhaiterais vous proposer à toutes et à tous de signer le Pacte de Fraternité sur ce petit Livre d’Or en fin de cérémonie. Ce serait un bel acte de foi en son prochain, pour démontrer que nous pouvons fraterniser si nous le voulons. Je vous remercie de votre attention.

Paul Silvéra
Président du CCJN

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