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Écrit par Administrator   
«Yvette», le nœud gordien...

Tard dans la nuit, Netanyahu a apposé ses initiales sur un mémorandum d’entente avec Avigdor Lieberman et son parti, Israël Beïténou (Israël notre maison). Selon cet accord, le leader populiste recevrait le portefeuille des Affaires Etrangères, et sa formation, la Sécurité Intérieure, le Tourisme, les Infrastructures et l’Immigration. Belle vendange pour Barberousse, qui a dû cependant renoncer aux réformes qu’il avait promises à ses électeurs, et qui étaient de nature à faire évoluer favorablement la société israélienne ; Yvette (c’est son surnom) Lieberman a préféré les ministères à la refonte du système électoral, à propos de laquelle, au lendemain du dernier scrutin, tous les politiciens s’accordaient pour dire qu’elle était urgente et incontournable.
Raspoutine était – c’est sa marque de fabrique – bien entendu le plus bruyant de tous sur le sujet et le plus tranchant. Tout comme sur la nécessité, qu’il affirmait absolue, de l’introduction du mariage civil pour les Juifs en Israël. A ce propos, il est bon de rappeler que l’essentiel de l’électorat d’Israël Beïténou est constitué par le million et plus de personnes que compte la communauté russophone.
 
Une communauté au sein de laquelle pas moins de quarante pourcent des personnes peinent à démontrer leur judéité au sens où l’entend l’institution rabbinique.
Nous, de rappeler également que la rigidité des religieux orthodoxes, qui contrôlent cette institution, chasse plus de la moitié des jeunes Israéliens, contraints à se marier à l’étranger pour éviter de passer sous leur joug. Inconséquence du système, l’Etat reconnaît les épousailles célébrées hors d’Israël. Lors, l’opposition du grand rabbinat d’Israël à l’union civile ne sert qu’à faire vendre des billets à Cyprus Airways et à booster le tourisme déjà florissant sur l’île d’Aphrodite.
 
Avigdor LibermanLes citoyens qui ont voté Liberman étaient, au moins, persuadés qu’il tiendrait bon sur la modification de ce statu quo suranné, permettant ainsi à des dizaines de milliers de couples de vivre normalement leur statut marital.
 
C’était sans compter la facette hyper-pragmatique dominante d’Yvette. Que demain il y trouve son compte, il ira embrasser Mahmoud Abbas et serrer la main à Khaled Mashal à Damas. S’il se présente comme un faucon – limite sosie de Le Pen, feu Haider et Blocher – c’est que les formules tonitruantes sont appréciées par les russophones, qui y avaient été habitués par les ténors de la politique à Moscou. Autre lieu autre mœurs.
 
C’est parce que toutes les démocraties ont un ventre mou, qui sert de fond de commerce aux charlatans vendeurs de raccourcis attirants pour les imbéciles.
Clair, la plupart des hommes politiques déforment beaucoup et souvent la vérité, mais peu d’entre eux le font aussi cyniquement et aussi fréquemment que Raspoutine.
 
Hier, par exemple, un ami député du Likoud, qui participait aux négociations, n’a pas résisté à m’appeler à 23 heures, pour me faire part de sa stupéfaction : il avait, en l’espace de cinq minutes, vu Liberman déclarer à la télévision, que pour lui, les portefeuilles n’avaient aucune importance, que c’était le fondement directeur du nouveau gouvernement qui seul comptait, et entendu le même Liberman, lui affirmer le contraire absolu, les yeux dans les yeux.
 
Pauvres électeurs abusés qui se sont fait avoir une fois de plus.

Les analystes sont moins désespérés : pour nous, les 100% pragmatiques-ambitieux présentent un avantage, ils ne sont pas rigides et ont un prix affiché auquel on peut leur faire changer d’avis. Le seul problème tient au fait qu’ils se proposent au plus offrant, et que le plus offrant n’est pas forcément le chef de la coalition à laquelle ils participent.
 
Cela dit, «Yvette» aux Affaires Etrangères, c’est un mauvais rêve pour tous ceux qui connaissent la fonction des Affaires Etrangères : être le super-ambassadeur d’un Etat, toujours véhiculer un message plus conciliateur que les décisions que leur gouvernement peut être amené à prendre.
Si Liberman parvient réellement aux AE, nous aurons un char d’assaut sans hublots en guise de ministre, ce qui, outre le risque de faire fuir nos amis, aura l’avantage de nous garantir de bons moments de rigolade.
 
Au cours de la négociation qui s’est achevée hier, Netanyahu a également obtenu du tsar d’Israël Beïténou qu’il renonce à la candidature du Professeur Daniel Friedmann pour se succéder à lui-même au poste de ministre de la Justice.
 
Friedmann est considéré par des dizaines de juristes et d’hommes politiques, dont Méridor et Béni Bégin au sein du Likoud, comme un danger pour la démocratie. On lui reproche de vouloir relativiser les prérogatives de l’appareil judiciaire, notamment de la Haute Cour de Justice et, notamment aussi, dans sa capacité de se saisir spontanément de tout ce qu’elle soupçonne d’être anticonstitutionnel. Comme des lois adoptées par le parlement, qu’elle a le pouvoir d’annuler.
 
Bibi et Yvette se sont accordés sur la candidature d’un grand avocat, Yaakov Neeman, qui partage l’orientation de Friedmann, mais qui la présente avec plus de modération.
Aujourd’hui lundi, Netanyahu est en train de tenter de persuader le Shaas – le parti ultra-orthodoxe séfarade – de s’associer au mémorandum conclu à minuit avec Liberman. Après l’abandon par Yvette de son exigence des mariages civils pour les Juifs, le parti du rabbin Ovadia Yossef ne devrait pas faire le difficile. Ce qui intéresse Shaas, en plus de conserver le statu quo entre laïcs et observants, c’est de voir budgéter des sommes (très) conséquentes destinées à venir nourrir son réseau d’écoles talmudiques, de jardins d’enfants et de synagogues, ainsi que son appareil de gestion de tout cela et ses gestionnaires.
 
Une vraie catastrophe, pour ceux qui voient l’avenir d’Israël dans la persistance d’un Etat laïc, que d’observer les deniers publics servir à offrir des repas gratuits aux enfants défavorisés, non à la cantine de l’école publique, mais sous le poster géant d’un rabbin qui affirme que les sionistes sont des singes. Mais que les partisans de Raspoutine et ceux du rabbin antisioniste, qui nourrit son empire avec l’argent des singes, ne se réjouissent pas trop vite ! L’accord signé hier contient une provision selon laquelle tout son libellé ne s’applique qu’à la mise en place d’un gouvernement à majorité restreinte, et, qu’en cas d’accord pour un cabinet d’union nationale, il serait nul et non-avenu.
 
Le temps réglementaire pour former un gouvernement s’achève vendredi prochain. S’il le désire, Netanyahu peut obtenir une période additionnelle de la part du Président Pérès. Une période qu’il pourrait mettre à profit pour persuader Tzipi Livni de faire équipe avec lui.
 Car, parallèlement aux discussions médiatisées avec Liberman et Shaas, se déroule un processus très discret mais pas moins intense de négociation avec Kadima. C’est Guidon Saar, pour Bibi, et Tzakhi Hanegbi, pour Livni qui s’y collent.
Cela se passe au domicile de chacun, alternativement, afin d’éviter les fuites. Netanyahu a proposé à la cheffe de Kadima une alternance différentielle au poste de 1er ministre : Netanyahu y resterait deux ans et demi, Livni, un an et sept mois.
 
Ca na pas marché. Tzipi Livni campe sur deux exigences : dans l’ordre d’importance qu’elle leur attribue, l’affirmation publique de la thèse des deux Etats pour deux peuples comme solution au conflit avec les Palestiniens, et l’équilibre absolu dans la rotation et dans les privilèges gouvernementaux. C’est dur à avaler pour Netanyahu ; mais il abhorre l’idée de devoir présenter aux Etats-Unis un gouvernement Bibi-Yvette. Il saisit l’étendue de la destruction et de l’isolement qu’il présage aux yeux de la communauté occidentale. Il se rappelle les décennies que cela avait pris pour qu’Israël jouisse de relations politiques et économiques normales en Europe et en Afrique.
 
Puis il sait aussi que sept Israéliens sur dix appellent de leurs vœux un gouvernement d’union nationale, et que si le tandem Bibi-Yvette débouche sur des catastrophes, les Hébreux ne le lui pardonneraient pas et il aurait terminé ainsi sa carrière politique.
 
A faire alliance avec des caractériels d’extrême droite, on prend le risque de retourner aux urnes cet été. Et au Likoud, de nombreux laissés pour compte dans la distribution des grands ministères contemplent le risque de déconfiture d’un gouvernement restreint en se frottant les mains.
 
Le plus aigri est Silvan Shalom, ex-ministre des Affaires Etrangères, entre autres. Et aussi Bégin, Méridor, Shitrit et Limor Livnat, pour ne citer qu’eux sur une liste très dodue.
 
C’est sans compter non plus sur la pression et les menaces en provenance de Washington et des capitales européennes : ils veulent assister à la création d’un Etat palestinien en 2009 encore, tandis qu’un gouvernement Bibi-Yvette commencerait par fêter son enterrement et annoncer la construction de nouvelles implantations edennistes en Cisjordanie.
 
Il y a incompatibilité d’humeurs !
 
C’est pour cela que, la semaine dernière, après une dure soirée durant laquelle il avait été obligé d’écouter les requêtes de Liberman, dépité, Netanyahu s’était rendu discrètement chez Shimon Pérès pour lui demander conseil. Nous n’y étions pas, mais il ne fait aucun doute que le Président a conseillé à Bibi de conclure avec Tzipi.
 
Le lendemain, d’ailleurs, le couple Netanyahu invitait Tzipi et son mari à un dîner dans l’intimité.
Certains, et nous en sommes, s’imaginent que les accords du Likoud avec Yvette et Ovadia Yossef sont écrits sur du papier-brouillon. Qu’ils ne servent qu’à mettre la pression sur Kadima, afin que Livni se montre moins farouche.
 
Mais attention, avec l’échéance de vendredi qui approche, on est entré dans ce qu’on appelle en basket le Money time, les minutes décisives à la fin de la rencontre. Jusqu’à maintenant, hier et aujourd’hui compris, on jouait pour du beurre ; à partir de mercredi, on entre dans la phase décisive. La phase ou oui peut effectivement signifier oui, et non, conduire au couronnement du plus mauvais gouvernement possible au plus mauvais moment possible.    


Stéphane Juffa
© Metula News Agency      
Notes de la rédaction : Le 20 mars 2009, Benjamin Netanyahou n’a toujours pas réussi à former le prochain gouvernement israélien. Il obtient 15 jours supplémentaires pour essayer de trouver une coalition qui puisse lui permettre de travailler dans de bonne sconditions. A suivre...
 
MONEY TIME
Par Stéphane Juffa, © Metula News Agency

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